LIBERER LES MEDIAS

                                                        LIBERER LES MEDIAS

J’ai posé comme point de départ l’idée que le citoyen doit faire fonctionner son cerveau au service de l’intérêt général. Oui, mais comment ? D’abord en s’éduquant. Certes. Mais l’école ne fait pas tout. Il faut faire soi-même. C’est pourquoi il faut s’informer chaque jour. Le peut-on aujourd’hui ? Il est insupportable de voir comment est traité le devoir d’information : beaucoup de bruit et peu de fond.

Il faut trier.

 

Mais comment peuvent le faire des millions de braves gens qui tirent 90% de leur information du journal télévisé ? Au 20 heures, le téléspectateur subit une rude cure d’angoisse. Les valeurs dominantes du spectacle médiatique, ce sont : le sanglant, la méfiance de l’autre, le dégoût de soi. La forme est au service du fond. Des plans courts ! Pas le temps de raisonner. L’émotion plutôt que le raisonnement.

 

Puis, la pulsion plutôt que l’émotion : la poitrine exhibée et la cogne. Ces produits sont placés en tête de gondole, car ils scotchent l’attention. Tout ça rend impossible la production d’une pensée construite.

Mais comme l’a dit M. le Directeur, le plus important, c’est de préparer le « temps de cerveau disponible pour la pub »…

 

En fait, le système médiatique ne se contente pas de rendre compte de la réalité devant la société. Il propose une sélection de faits reformulés et remâchés, qui modifie l’organisme qui la reçoit. « Mais les journalistes ont une conscience, et une déontologie ! » me lance-t-on. Bien sûr. Mais quoi ! Ce ne sont pas  des êtres sociaux, eux aussi ? La profession a , comme toutes les autres, ses propres conditionnements idéologiques, sociaux et matériels.

 

La pression de la condition sociale s’y exerce durement. A la base s’épuise une immense armée de réserve de jeunes intermittents, de contrats à durée déterminée et de stagiaires. Dans cette situation sociale, qui est en état d’aller voir son chef pour critiquer la façon dont le média traite une information ?

 

Rares sont les journalistes libres de s’émanciper. Il leur faut manger, comme tout le monde ! La normalisation s’incruste dans les têtes. Les plumes ou les caméras sont plus conformes et autocensurées du fait de la peur du lendemain que des coups de téléphone des propriétaires de médias.

 

Enfin il y a les conditions matérielles du travail lui-même. Surtout dans l’audiovisuel. Quand on a cinq sujets à couvrir dans la même journée, comment les traiter correctement ? Que fait alors le journaliste pour minimiser les risques de contresens ? Il suit l’idéologie dominante ! C’est-à-dire ? Les préjugés existants ! C’est la négation même de son métier.

 

Peut-on résister quand on exerce au cœur du système, dans les grands médias ? La preuve : l’affaire de corruption qui est partie de la périphérie du système médiatique et  elle y est restée… un certain temps.

Le danger, c’est quand tout le système tourne ses batteries du même côté, reproduit jusqu’à la nausée, avec les mêmes mots, la même appréciation de la réalité et distribue les rôles avec sa logique puérile !

Que des journaux proches d’un suspect  ne  disent pas de mal de lui, on s’y  attend. En effet, ça semble plausible.

 

Mais s’ils  répètent tous la même chose sur tous les sujets qui fâchent, la manipulation est inodore et on ne la repère pas avant d’avoir été gravement intoxiqué. N’est-ce-pas ?

 

C’est l’existence même d’une pensée libre qui est mise en cause par le biberon médiatique. Et une telle

prévarication, si elle est confirmée, serait fatalement susceptible d’éclabousser l’ensemble du corps journalistique, en question./.

DE VIVE VOIX : Mohammed Essahlaoui

 

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