CHANGER DE STYLE POLITIQUE

                                                    CHANGER DE STYLE POLITIQUE

 

     Je sais bien que ma manière de parler, fort et cru, est une transgression de cet ordre mielleux. Elle est une ligne d’action autant qu’un état d’esprit. La forme de cet  article veut y faire écho. Mais je ne me le cache pas : un grand mal a déjà été fait et l’effort à fournir est considérable pour remonter la pente de la démotivation.

 

La démarche de la révolution citoyenne ne peut s’épanouir sans répondre à la méfiance, dorénavant profondément ancrée, contre l’action politique institutionnelle. Il faut l’entendre et y répondre.

 

Par exemple, les constituants de la révolution citoyenne ne pourraient pas être réélus à l’Assemblée suivante comme ce fut le cas en 1789. Les sortants des précédentes assemblées non plus, cela  va de soi, puisqu’il s’agit de réoxygéner toute la représentation nationale, à droite comme à gauche d’ailleurs.

 

Mais surtout, c’est la tête qu’il faut changer. Aujourd’hui, les dirigeants n’hésitent pas souvent à indigner les peuples. Mieux vaut s’en prendre alors, aux systèmes qui ont permis leur avènement plutôt qu’à leur  personne.

 

Il faut tourner la page du présidentialisme. Un peuple citoyen n’a que faire de cet archaïsme paternaliste. Une vie politique adulte et décente doit être débarrassée  de la transe égotique des présidentiables. Un bon régime parlementaire stable, voilà la voie de la dignité civique.

 

Mais, encore faudrait-il se mettre d’accord sur ce qu’entendent les uns et les autres du parlement et des parlementaires ! S’il s’agit de parler en ronflant, ou de somnoler  en parlementant, à propos  d’affaires strictement personnelles, dictées par des considérations de  clientélisme nauséabond ; ou bien s’il  s’agit de lobbies fortement incrustés dans le corps de la société des élus- car on peut appeler cela une société- substantiellement indemnisés, « pour les efforts surhumains qu’ils dépensent à longueur de l’année !. »

 

Il m’arrive souvent d’avoir des sursauts de conscientisation, lorsque je me trouve soudain  en contact direct avec un cas de conscience particulièrement dérangeant, lors d’une discussion à bâtons rompus, à la fois houleuse et hypocrite, à propos de tout et de rien, en compagnie de soi-disant hommes politiques fraichement gauchisés.

 

Je m’interroge douloureusement sur les positions de chaque membre du groupe, qui désormais ont opté pour ce qu’ils appellent de la complaisance civilisée, que les règles du bon sens et de la civilité imposent aux discoureurs de la classe politique marocaine, toutes appartenances confondues.

 

Pourquoi suis-je ainsi ? Qu’est-ce qui me prend chaque fois que je discute politique avec celles et ceux qui, eux aux moins bataillent pour des intérêts précis, me dis-je, en me méprisant profondément.

 

J’ai fini par apprendre, par cœur, le reproche enveloppé d’ « un conseil d’ami » qui m’interpelle régulièrement en me conseillant de me limiter toujours à discuter comme tout le monde, à cachoter mes positions sur tel ou tel aspect de la politique nationale ou étrangère du pays.

 

D’après ces « conseilleurs mûrs et vaccinés », il faut être drôlement naïf et nigaud pour dire ce qu’on pense devant une assemblée toute formée à construire des discours appelés « responsables » et «  hautement positivistes ».

 

Combien dois-je lutter pour travailler ma pensée, mon discours, mes idées, pour parvenir à être suffisamment fier de mes prises de positions ?

 

De quelles cohésion et  cohérence nous parlent, du matin au soir, celles et ceux qui prétendent détenir les secrets des pratiques politiques, si ces dernières ne reflètent pas assez ou peu notre pensée qui devrait être constamment  et rigoureusement élaguée, sarclée, pour servir de fondements garants d’une action politique efficiente, capable de surmonter le doute douteux, et les tâtonnements  les plus improvisés que d’aucuns qualifient, piètrement et sans rougir, de style politique ?!

DE VIVE VOIX : Mohammed Essahlaoui.

 

 

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