LA DEMOCRATIE COMME IDEE NEUVE

LA DEMOCRATIE COMME IDEE NEUVE

Le principal enseignement du « 89 arabe » n’est-il pas la renaissance de la question démocratique ? C’était la raison de la comparaison avec les premières révolutions démocratiques qui imbriquaient la demande de libertés démocratiques et l’exigence de droits sociaux. Le droit d’avoir des droits introduit les conquêtes sociales, la vitalité démocratique conditionne la question sociale.

Après tout, sous la colonne de Juillet de la place de la Bastille qui, à Paris, commémore les Trois Glorieuses
de 1830, gisent les dépouilles d’ouvriers du Faubourg Saint-Antoine qui se sont battus pour la liberté de la…presse !

Jusqu’alors, la question démocratique était reléguée par la plupart des acteurs au profit supposé-mais en réalité tout autant à son détriment-de la question sociale. Tous les pouvoirs autoritaires du monde arabe ont pris ou prennent encore prétexte de ce qu’ils redistribuent au peuple, malgré l’immensité de leurs prévarications, pour relativiser l’exigence de liberté.

Mais leurs soutiens occidentaux ont fait de même, l’exemple le plus explicite ayant été donné par Jacques Chirac expliquant, dans la Tunisie de Ben Ali, que le premier des droits de l’homme, c’est de pouvoir manger. Et aussi d’aller à l’école, d’avoir des hôpitaux, la santé, l’éducation, etc.

Il y avait jusqu’à l’événement démocratique aussi bien par la realpolitik conservatrice des puissances occidentales que par une certaine pensée de gauche issue du tiers-mondisme. Et ceux qui opprimaient leurs peuples comme ceux qui s’arrangeaient de cette domination, par intérêt ou par conviction, ont communié dans cette relégation, voire négation, de l’enjeu démocratique.

Or voici que les peuples eux-mêmes le font surgir au premier plan, en démontrant qu’il est la condition nécessaire de la question sociale, autour de ce principe fondamental qu’est l’égalité des droits. Le droit égal d’avoir des droits permet potentiellement l’évolution des conditions, la sécurité pour l’avenir, la protection sociale, la solidarité collective en lieu et place des privilèges oligarchiques.

Ce n’est «évidemment pas joué, nous n’en sommes qu’au début du processus ; mais n’est-ce pas ce qui fut spontanément mis en scène sur la place Tahrir au Caire ? Une forme d’égalitarisme dans les manifestations, une grande tenue dans les rassemblements, un scrupuleux respect du pluralisme, ce qui fait que non seulement le mot « liberté », mais celui de « fraternité » furent scandés…Sans compter cette attention à la propreté de la place, cette foule qui tenait à une grande dignité et qui veillait à ce qu’il n’y ait pas d’ordures.
N’est-ce pas là l’événement véritable : le surgissement de la question démocratique comme une idée neuve, levier de la question sociale ?

Dans le monde arabe, l’idée de la démocratie est indéniablement une idée neuve. Pas seulement nouvelle, mais neuve. Parce qu’il y a eu le temps colonial au cours duquel, dans une grande partie du monde arabe, l’idée démocratique a été dévalorisée. Au nom de la démocratie s’était opérée la pénétration étrangère et l’installation de régimes coloniaux.

Et puis, sous ces derniers, la démocratie politique était réservée à quelques uns. Et avant les temps coloniaux, la démocratie n’existait pas non plus.

Plus tard, longtemps abîmée, dévalorisée, confisquée, colportée, instrumentalisée, l’idée démocratique est désormais mise en pratique.

Aujourd’hui, la démocratie reste toujours une idée neuve parce qu’elle va de pair avec le lien authentique, nouveau, entre l’individu et la nation. Ce n’est jamais un concept figé…/.
DE VIVE VOIX : Mohammed Essahlaoui

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